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Saint Martial
vendredi 12 septembre 2008, a 13:58
Un été à Saint-Martial

(Le loup de Ribalasse)

 

CHAPITRE I

-Les retrouvailles-

 

-         Hé, Nicolas, attends-moi ! ce que t'es pressé !

Je tournais la tête. La lumière vive du soleil me fit plisser les yeux. Alexandre, mon frère était loin derrière moi sur le bord du chemin. Le bus lui poursuivait déjà sa route sinueuse le long de la vallée de l'Eryeux.

Mon oncle Claude qui était venu nous réceptionner était debout à côté de moi, portant nos deux valises.

-         Je suis sûre que dans le dictionnaire, au mot « traînard » il y a une photo d'Alexandre, soupirais-je.

Mon frère prenait toujours tout son temps. Il avançait à la vitesse d'un escargot, l'air endormi comme à son habitude. Alexandre n'avait pas l'air très enthousiaste. Pourtant, nous n'étions pas venus voir notre oncle à Saint-Martial depuis deux ans.

 

Claude n'avait pas changé, il était toujours aussi maigre. « Comme un haricot » aimait dire ma tante. On avait l'impression que sa salopette en jean avait bien cinq tailles de trop. Il était âgé de soixante ans environ. Il avait des cheveux blancs bouclés et des grands yeux bruns, aussi ronds que ceux de l'ours en peluche de mon frère. Ses oreilles décollées rougissaient en permanence.

Il était très gentil, Alexandre et moi l'aimions beaucoup, surtout pour son sens de l'humour. C'était un homme doux et sympathique qui avait toujours un tas d'histoires à raconter.

Alexandre nous rejoignit enfin, en traînant les pieds. Nous étions arrivés devant la voiture de mon oncle. Alexandre me tendit son sac à dos.

-         Porte-moi ça s'il te plait ! me dit-il.

-         Et puis quoi encore ? répliquais je, tu es assez grand pour le porter tout seul.

Son sac contenait son baladeur, une montagne de cassettes, des bandes dessinées, son ordinateur de poche et son ours en peluche. Je savais qu'il avait l'intention de passer ses vacances couché dans le hamac derrière la maison, à écouter de la musique en s'excitant sur ses jeux vidéo. Mais ça, il n'en était pas question ! Papa et maman m'avaient bien prévenu. C'était à moi de veiller à ce qu'Alexandre bouge pendant nos vacances. A Cannes, toute l'année, nous restions enfermés. Il nous fallait profiter du grand air et de la montagne.

Il fallut attendre que Claude ait fouillé dans toutes les poches de sa salopette pour retrouver la clé de contact.

-         Il fait vraiment chaud aujourd'hui, annonça t'il, j'espère que votre tante nous a préparé une bonne citronnade bien fraîche.

La voiture se mis en route. Je trouvais que Claude conduisait particulièrement mal. Il semblait incapable de passer les vitesses et de regarder la route en même temps. Il prenait toujours ses virages à la dernière seconde. Il s'accrochait au volant des deux mains, penché en avant, le dos raide, le nez contre le pare-brise, il regardait droit devant lui sans cligner des yeux.

-         Tout va bien tonton ? lui demandais-je d'un ton inquiet.

-         Oui, c'est juste qu'en ce moment je manque un peu de sommeil.

Il marqua un temps d'arrêt et rajouta.

-         C'est à cause du loup de Ribalasse…

La réponse fut si surprenante que je restais un moment interdit. Je voulus en savoir plus.

-         Quel loup ?

-         Ce n'est pas pour les enfants. Me répondit-il coupant court à la discussion.

Pour nous rendre jusqu'à la maison de Saint-Martial où nous attendait notre tante, nous traversions le Cheylard puis Saint-Martin de Valamas et Arcens.

Essayant d'oublier ce mystérieux « loup de Ribalasse », je faisais dans ma tête l'inventaire de ma valise pour me rassurer sur le fait que je n'avais rien oublié.

En plus des maillots pour la baignade dans le lac et de l'huile solaire, j'y avais mis une trousse médicale car les tiques et autres insectes de la campagne me faisaient peur.

 

Enfin, nous arrivions à Saint-Martial où était la maison. C'est un village idéalement situé au bord d'un joli lac merveilleusement aménagé avec son air de pique-nique, ses tables, ses barbecues, ses pédalos, ses jeux aquatiques et sa baignade surveillée. Le village se trouve juste au pied du Mont Gerbier de jonc, là ou la Loire prend sa source.

 

La bâtisse Ardéchoise de mon oncle et de ma tante était cachée dans un écrin de verdure sous la maison de Maurice, l'ancien maire du village qui reste un personnage important pour un grand nombre d'habitants. Cet endroit comme tout le reste du site avait su garder et tirer parti des espaces naturels qui l'entourent. C'était une des maisons qui se trouvait presque au bord du lac. Avec sa petite cloche sur le mur et ses anciennes voutes en pierre, elle avait tout d'une vieille abbaye qui aurait été restaurée. Comme beaucoup de maison de la région, le toit était en lauzes de phonolite.

L'histoire de la lauze est très intéressante. Ce sont des pierres plates qui proviennent du refroidissement de lave visqueuse des anciens volcans d'Ardèche et qui sonnent quand on les frappe. Les lauzerons partaient autrefois par petits groupes pour travailler à la lauzière et retirer les matériaux pour la couverture des toits et parfois pour faire des murs.

 

Après avoir garé son véhicule, mon oncle déchargea nos bagages. Tante Florence sortit en ouvrant les bras. Elle se dirigea vers nous avec un grand sourire.

Je remarquais immédiatement qu'elle avait bien plus de cheveux blancs que lors de notre dernière rencontre. L'émotion des retrouvailles me fit rapidement oublier ce détail. Elle était petite et ronde, elle portait des lunettes carrées qui lui donnaient un air un peu démodé. Elle aimait les robes amples. Je crois que jamais je ne l'ai vu porter un pantalon ou un short.

-         Comme je suis contente de vous voir, ça fait si longtemps ! ne cessait de répéter notre tante.

Suivirent les commentaires habituels sur le fait que nous avions grandis, que nous n'étions presque plus des enfants..

-         Vous avez le câble ? demanda Alexandre en traînant son sac à dos par terre.

-         Le câble ? dit mon oncle, certainement pas. Il y a bien assez à faire ici, tu n'auras pas le temps de rester devant la télé.

-         C'est nul.. bougonna Alexandre déçu.

Claude passa devant nous les valises à la main.

-         Vous devez mourir de faim ! s'écria Florence. J'ai de la charcuterie de la salaison du village et ce soir nous aurons des caillettes d'Ardèche. La charcuterie de la salaison Marion restera pour toujours un de mes grands souvenirs de vacances. Jamais avant ni après je ne goûterai de si bonnes saucisses, saucissons et pâtés.

En rentrant dans la grande demeure, Claude nous montra la chambre dans laquelle nous allions dormir. Il y avait deux petits lits avec en face une énorme armoire pour ranger nos affaires. Il déposa nos valises à l'entrée.

Le repas fut joyeux. Nous étions tous assis autour de l'immense table de cuisine. Le soleil entrait par la fenêtre grande ouverte. Dehors, on voyait le lac,  la pointe des hêtres, des sapins pectinés et des douglas qui se balançaient au rythme du vent.

Pendant le dîner, Claude et Florence nous posèrent mille questions. Je donnais des nouvelles de l'école, Alexandre parla des moustaches que papa se laissait pousser. A la fin du repas, Florence se leva pour faire la vaisselle.

-         Puisque vous avez terminé, que diriez vous d'une promenade jusqu'au camping ? proposa Claude.

Il nous fit signe de le suivre par la porte de derrière. L'air était délicieusement parfumé. A pied nous descendîmes jusqu'au camping en passant par le terrain de foot et le bord du lac. A ma grande surprise, Alexandre n'était pas à la traine.

Après ces longues heures passées dans le bus, la ballade fut très agréable.

-         Il est temps de remonter pour défaire vos bagages et vous installer.

Pour rentrer à la maison, Claude nous fit passer aux pieds des chalets qui surplombent le lac. Le chemin montait et Alexandre était déjà moins heureux que tout à l'heure. Il recommençait à traîner des pieds.

vendredi 12 septembre 2008, a 13:56
CHAPITRE II

-Mon amis-

 

A la maison, ma tante avait déjà déposé des draps qui sentaient bon la lavande sur nos lits.

-    Les enfants, venez ici, j'ai une surprise pour vous.

Florence nous appela du fond du jardin. Prenant au passage un paquet de biscuits déposé sur la table, nous courûmes la rejoindre.

 

Assise sur un banc sous le gros pommier, Florence était en compagnie d'un garçon un peu plus grand que moi. En me rapprochant, je le reconnus tout de suite. C'était Guillaume, un ami que j'avais depuis quelques années déjà. De ses quinze ans, il était mon aîné de deux ans. Chez lui tout était long et mince, les jambes, les bras, le cou. Ses cheveux noirs qui pendaient sur ses épaules ne devaient pas être lavés très souvent. D'aussi loin que je me souvienne, je ne l'avais jamais vu porter autre chose que des Tee-shirts trop grands et des jeans sals, troués aux genoux. Sa grande préoccupation était de trouver des bêtises à faire.

 

Guillaume se leva et vint me serrer dans ses longs bras maigres.

-         Nicolas ! ça faisait bien longtemps que tu n'étais pas venu nous voir. Tu as une mine toute triste de garçon de la ville, me dit-il en passant ses doigts dans mes cheveux pour les décoiffer. Et lui… Ne me dit pas que c'est Alexandre ton petit frère ? comme il a grandit !

Les cheveux de mon frère eurent le droit au même traitement que les miens.

-         Je vous laisse les garçons dit ma tante en retournant dans la cuisine, vous devez avoir des tas de choses à vous  raconter.

Dés que nous fûmes seuls, Guillaume extirpa de la poche de son jean un vieux chiffon taché de sang. Il me le tendit en demandant :

-         Tu le reconnais ?

-         Mais bien sur, lui répondis-je, comment je pourrais oublier notre pacte ?

Alexandre regardait l'étoffe souillée en grimaçant.

-         Qu'est ce que c'est ? demanda t'il.

Je lui expliquai que quatre ans avant, Guillaume et moi nous sommes jurés de rester amis pour la vie. Pour sceller notre pacte nous nous étions piqués un doigt chacun et avions mêlé notre sang sur ce mouchoir.

Alexandre parut très impressionné. En racontant cette anecdote, une foule de souvenirs me revinrent à l'esprit. Je voulus en savoir plus sur ce qu'était devenu mon ami ces deux dernières années.

-         J'habite toujours à Saint Martial m'expliqua Guillaume, mais nous ne sommes plus à l'appartement de la poste. Mes parents ont trouvé une jolie maison à la Chazotte.

-         Et à l'école, tu travailles bien ? demanda mon frère. Depuis qu'il avait obtenu les félicitations en fin d'année, il était très fier et ne manquait jamais une occasion de porter la conversation sur la scolarité. A la grimace que fit Guillaume, on comprit très vite que les études n'étaient pas ce qu'il aimait le plus.

-         Dés le mois de septembre, répondit-il, je vais commencer une école de cuisine sur Grenoble.

Mais nous étions en vacances et je n'avais envie de ne parler ni travail, ni études. Je proposais à Guillaume et Alexandre d'aller nous installer au fond du jardin dans le petit cabanon en bois qui servait à ranger les outils de mon oncle.

-         Nous allons en faire notre quartier général, m'exclamais-je, chacun devra y amener des jeux et de quoi manger. J'ai déjà un paquet de biscuits.

Guillaume et moi courûmes jusqu'à la cabane. Mon frère nous suivit, tout heureux de pouvoir jouer avec des garçons qui avaient presque le double de son âge.

 

Après avoir fait un minimum de rangement, nous avons tiré une vieille couverture qui servait à protéger les pelles et les bèches de mon oncle et l'avons étendue sur le sol pour nous faire un tapis. Assis en rond par terre, nous dégustions nos biscuits comme si il s'agissait des bonnes pâtisseries de Laurent, le boulanger de Saint-Martial.

Le paquet terminé, je posai à Guillaume une question qui, depuis le matin, me torturait l'esprit.

-         As-tu déjà entendu parler du « loup de Ribalasse » ?

Un peu surpris, il répondit dans un grand éclat de rire.

-         Bien sur que j'ai déjà entendu parler des loups… Dans le vieux français on disait des leus !!! Ils se déplaçaient l'un derrière l'autre en suivant le chef de meute, c'est de là qu'est venue l'expression marcher à la queue leu leu… En fait à la queue du loup un autre loup !!! A Cannes vous ne connaissez vraiment rien dit il sur un ton moqueur.

Mon frère ria, pensant que Guillaume venait de dire quelque chose de drôle. Vexé qu'ils me prennent pour un ignorant, je pris un ton plus sec.

-         Je sais très bien ce qu'est un loup, seulement mon oncle a dit se matin qu'il dormait mal à cause du loup de Ribalasse. J'ai trouvé ça plutôt étrange, il n'y a plus de loup dans vos bois…

-         Pourquoi ne lui as-tu pas posé la question ?

-         Je l'ai fait, mais il a semblé ne pas vouloir m'en dire plus.

Guillaume fronça les sourcilles et réfléchit un moment.

-         Non, vraiment je ne vois pas ce que ça peut être. Si tu veux, demain matin nous pourrons aller demander à Jean-Claude, il doit savoir.

-         Qui c'est Jean-Claude ?

-         C'est l'employé de la commune, un peu paysan, un peu chasseur, un peu braconnier, il est gentil et connaît tout de Saint-Martial. Il habite au Fougères, c'est à deux pas d'ici.

Le rendez-vous fut pris pour le lendemain matin. Guillaume viendrait nous chercher vers les dix heures.

L'après-midi était passé très vite. Il était l'heure pour mon copain de rentrer chez lui. Il enfourcha son vélo et remonta en direction de la « maison de la cure » devant laquelle se trouve la grande croix, en nous faisant des grands signes du bras.

Le dîner fut calme. Les caillettes de Florence étaient aussi délicieuses que dans mes souvenirs. J'étais content d'être avec mon oncle et ma tante, mais je n'arrivais décidément pas à oublier cette histoire de loup. Avant mon oncle était très drôle. Il nous racontait des dizaines d'anecdotes amusantes à propos de la famille. Sans compter toutes les histoires dont il nous régalait. Mais ce soir là, c'est tout juste s'il dit deux mots.

Florence nous encourageait à manger plus. Elle demandait sans arrêt si le repas nous plaisait.

 

Après le dîner, on s'installa dans le salon. Claude prit sa place habituelle dans le fauteuil à bascule. Ma tante était assise près de lui dans un canapé vert, large et confortable un magasine de jardinage posé sur ses genoux. Alexandre, affalé entre ma tante et moi jouait avec ses jeux vidéo.

-         Décidément, m'exclamai-je au bout d'un moment, ce sanglier me fera toujours aussi peur.

A l'une des extrémités du salon, la tête empaillée d'un gros sanglier était posée en trophée contre le mur. C'est mon oncle Claude qui l'avait tiré il y a longtemps. La monstrueuse bête avait la bouche ouverte et les dents menaçantes. On aurait dit qu'il était prêt à vous sauter dessus.

-    C'était un tueur dit Claude en se balançant dans son fauteuil. Lorsque je l'ai eu, il s'apprêtait à égorger un chien.

Je détournai la tête en frissonnant. Comme je détestais ce sanglier !! Vraiment, je ne comprenais pas pourquoi mon oncle et ma tante s'obstinaient à le garder dans le salon.

-         Tu n'a pas une histoire plus drôle à nous raconter ? demanda Alexandre.

Claude se frotta le menton puis il se racla la gorge nerveusement.

-         Je crois que je suis un peu fatigué les enfants dit il à voix basse. C'est l'heure pour moi d'aller au lit.

Lentement il se leva et se dirigea d'un pas lourd vers sa chambre.

-         Votre oncle à des nuits difficiles. Expliqua notre tante en nous accompagnant pour que nous allions nous coucher également…

Mais que ce passait-il ? Je ne reconnaissais plus mon oncle !!

Une fois couché, je sentais le souffle léger de la brise dans la pièce qui entrait par la fenêtre ouverte de la chambre. Mon frère dormait déjà. J'eus plus de mal à trouver le sommeil. Le loup de Ribalasse et le comportement étrange de mon oncle me préoccupaient terriblement. Au bout de quelques longues minutes, je m'endormais enfin.

vendredi 12 septembre 2008, a 13:55
CHAPITRE III

-Jean Claude-

 

Le lendemain matin, je me levais en hâte, passais un coup de brosse dans mes cheveux et couru dans la cuisine pour prendre mon petit déjeuner.

Alexandre me rejoignit quelques instants plus tard. Ses cheveux étaient tout ébouriffés, il avait encore son ours en peluche à la main.

-         J'ai faim marmonna t'il.

C'était la seule chose qui l'intéressait quand il se levait : manger ! D'habitude cela m'énervait, mais ce matin-là, je fus bien content d'avoir un moment de tranquillité pour pouvoir établir l'emploi du temps de la journée. Après le petit déjeuné, Guillaume passerait nous chercher et nous pourrions peut-être tirer au clair le mystère du loup.

Oncle Claude était déjà attablé dans la cuisine, une grande cafetière fumante posée devant lui. Il avait la tête cachée derrière son journal. Lorsqu'il nous entendit, il le baissa et nous sourit :

-         Bonjour les enfants dit-il.

-         Bonjour tonton.

Je m'assis à côté d'Alexandre. Nous nous frottions les mains en pensant que nous allions enfin pouvoir nous régaler avec les bonnes crêpes au chocolat que tante Florance préparait tous les matins.

Vous imaginez le choc lorsque Claude déposa devant nous une grande boite de cornflakes. Abasourdi je me tournais vers Alexandre. Son regard exprimait la même surprise et la même déception que le mien.

-         Des cornflakes ? bredouilla mon frère.

Je me tournais vers mon oncle.

-         Mais tonton… Pas de crêpes ?

-         Florance n'en fait plus, il parait que c'est lourd à digérer. Rien de tel qu'un bon bol de cornflakes au petit déjeuner ! Dit-il en souriant jusqu'aux oreilles.

Mon estomac gargouillait. J'allais me servir les céréales lorsque ma tante entra dans le jardin, les bras chargés de fruits et de légumes qu'elle était allée chercher chez Denis, le mari de la postière. Guillaume lui emboitait le pas, l'aidant à porter les sacs les plus lourds.

Ils entrèrent déposer les caisses et les sacs dans la cuisine. En découvrant la boite de cornflakes sur la table, ma tante leva les yeux au ciel en s'adressant à mon oncle.

-         Claude, tu n'as pas sortie les crêpes au chocolat que j'ai posées dans le four ?

Voyant mon oncle pouffer de rire, elle comprit la farce.

-         Tu es vraiment un gamin ! Pourquoi embêtes-tu ces enfants ?

Elle déposa une grosse assiette de crêpes, Guillaume s'était joint à nous pour un petit déjeuner princier.

 

Une fois terminé, le temps de nous débarbouiller et nous primes tous les trois la direction des Fougères. Nous avons suivi le fléchage bleu qui indiquait le sentier des hameaux. Une superbe promenade qui permet aux touristes de découvrir lors d'une marche d'environ 9 kms quelques jolis hameaux et maisons disséminés autour du village. Départ de la vierge et arrivé derrière l'église si on passe par le hameau du clos. Nous sommes donc montés jusqu'à la vierge blanche qui est à l'entrée des chalets de location et nous sommes descendu sur Chamaury. Toujours en suivant le fléchage bleu, nous sommes très vite arrivés aux Fougères.

-         Voilà, c'est ici ! nous dit Guillaume en désignant du doigt une maison qui semblait plus petite que celles qui l'entouraient.

Le jardin était entretenu d'une façon impeccable. Sur la droite lorsque nous entrions, il y avait des parterres de fleurs multicolores. Sur la gauche des rangées de tomates, salades, courgettes, encadrées par des allées de plantes aromatiques.

Assis sur une marche du perron, un verre de vin blanc à la main, Jean-Claude était là. Paisible, l'autre main appuyée sur une pile de lauze qui semblait retenir son corps vouté pour ne pas qu'il tombe en avant.

-         Salut Jean-Claude, hurla Guillaume, je suis venu avec des copains.

Il se retourna vers nous pour nous expliquer.

-         Il faut parler fort, il n'a plus de très bonnes oreilles à force de travailler avec la débroussailleuse.

Jean-Claude restait silencieux, il se contentait de nous lancer quelques regards curieux. Il posa son vin et tapa doucement la cuisse de mon frère pour lui faire comprendre qu'il était dans son champ de vision et qu'il l'empêchait de voir ses légumes. Il passait des heures à les surveiller, comme si il attendait qu'ils poussent. Alexandre effrayé par le personnage vint se réfugier derrière moi. Guillaume repris la parole.

-         Mon copain voudrait savoir des choses sur Saint-Martial. Est-ce que tu connais le loup de Ribalasse ?

Jean-Claude restait silencieux. Soudain, toujours en fixant ses légumes, il se mit à raconter.

-         Le nom de Ribalasse semble venir de « ribe » qui veut dire berge en ardéchois et de « asse » qui veut dire grand . Ca voudrait donc dire une berge élargie… Mais dans des écrits du XIIème siècle, on trouve la mention « Ripa lassa » qui veut dire la côte épuisée. Ribalasse, c'est donc le replat après la montée.

Guillaume se retourna vers nous, le visage radieux.

-         Alors il n'est pas formidable ? Je vous avais dit qu'il connaissait tout !!

Impatient, je demandais :

-         Et le loup. Demande-lui pour le loup.

Guillaume demanda en criant très fort.

-         Parle-nous du loup Jean-Claude.

Jean-Claude avala encore une grosse gorgée de vin blanc et reprit ses récits, toujours sans nous adresser le moindre regard.

-         Avant Ribalasse, il y a le Pradal, ancien chef lieu de la vallée. Ceux du Pradal qui retiraient les poils aux cochons avant qu'on les cuisines vivaient à Pialeporc. Les habitants de la vallée du Pradal ont placés une croix en pierre sous le rocher de Pialeporc pour éloigner le Diable qui fréquentait souvent cet endroit.

En écoutant Jean-Claude nous raconter l'histoire de Saint-Martial, je me suis dit qu'il devait être un ancien guide ou historien qui est venu se perdre ici pour l'amour de la solitude et du vin ??? Ses yeux qui s'étaient illuminés au fur et à mesure qu'il parlait de son village se plissèrent un peu, sans doute pour pouvoir puiser encore plus profond dans sa mémoire.

-         Non, repris t'il, il n'y a plus de loup dans l'histoire de Saint-Martial. Mais lorsque le loup était là, il disait : « Mé què vei Ribalassos jetoùn tar ! ». Bon, vous voulez boire un canon les enfants ?

Nous refusons son invitation et décidons alors de repartir au village. Il nous fit un signe du bras en allant se servir un autre verre de vin.

Je n'en savais pas vraiment plus sur ce loup de Ribalasse, mais je savais qu'il y en avait eu un et qu'en plus il parlait en patois.

Avant de repartir chez lui, Guillaume nous donna rendez-vous à quinze heures devant le bar du village.

-         Cet après-midi, je vous emmène à la pêche…

vendredi 12 septembre 2008, a 13:53
CHAPITRE IV

-Une étrange conversation-

 

En rentrant à la maison, Florence nous envoya nous laver les mains avant de passer à table. Aussitôt le repas terminé, j'allais me réfugier dans notre cabane au fond du jardin. Alexandre me suivit. Je le laissais préparer les cannes à pêche et m'allongeais pour mieux digérer tout ce que j'avais avalé.

Une fois le matériel prêt, mon frère et moi sommes descendus au lieu du rendez-vous. Guillaume était déjà là en pleine discussion avec Sébastien, le fils du patron du bar du lac.

-         Bon, Florian et sa sœur Sarah nous attendent déjà à la rivière nous dit Guillaume.

-         Et nous allons pêcher où ?

-         Au ruisseau du Pradal. C'est un affluent de l'Eysse et on y pêche de la loche et surtout des truites sauvages… Des Fario qui sont reconnaissable à leurs points rouges. On va la pêcher avec des phryganes (portefaix) ou des fourreaux de sable que l'on prendra sur place. C'est dans ces fourreaux que se loge la larve des insectes dont la truite raffole. Êtes-vous prêt pour une grande partie de pêche ?

-         Oui, répondit Alexandre plein d'enthousiasme.

Nous remontions le ruisseau pour trouver l'endroit idéal de pêche. Quelques instants plus tard, j'étais debout au milieu du courant. L'eau froide m'arrivait à mi-mollets. Sous mes pieds nus, les cailloux étaient glissants. Evidemment pour pêcher, Alexandre aurait préféré s'allonger sur la berge en compagnie de Sarah la fille de la salaison et sa copine Johanna qui nous avait accompagnées. Mais à force d'insister, je réussis à le convaincre que c'était bien plus drôle d'être debout dans l'eau.

-         C'est surtout bon pour tomber malade ! protesta-t-il en relevant le bas de son pantalon. Il saisit sa canne et s'avança dans l'eau avec précaution.

-         Ouuuuuuh ! C'est froid ! s'écria-t-il en remuant ses bras au dessus de sa tête pour garder l'équilibre.

Le ruisseau était très clair. Je lançai ma ligne le plus loin possible et me mis à surveiller le petit flotteur rouge à la surface de l'eau. Les rayons de soleil caressaient mon visage, le courant frais baignait mes pieds, le bonheur était total.

-         Et ça mord ! cria Alexandre tout excité.

Je me retournais en même temps que Guillaume et Florian et je le vis tirer sur sa ligne. Il tirait de toutes ses forces.

-         Il doit être énorme ! s'exclama Guillaume.

Alexandre fit un dernier effort et l'on vit apparaître au bout de son hameçon une grosse branche couverte de mousse.

-         Bravo ! dis-je en riant, il est vraiment très gros !

Après avoir décroché l'objet de sa ligne, mon frère lança de nouveau. Plongé dans ses réflexions à propos de la prise précédente, il sentit soudain une main agripper sa cheville. C'était la main de la « Vuire » dont lui avait parlé mon oncle Claude deux ans auparavant. Cette terrible Vuire qui entraîne au fond des rivières ceux qui s'en approche de trop prêt. La main sortit de l'eau et commençait à remonter le long de son mollet, froide et mouillée. Elle le serrait de plus en plus fort. Alexandre se mit à hurler. Il voulut saisir la main qui l'enserrait mais il perdit l'équilibre sur les cailloux glissants et s'étala dans l'eau. Il criait encore plus fort, la main n'avait pas lâché prise. Elle remontait maintenant le long de son corps. Fou de terreur, Alexandre agitait désespérément les bras. C'est alors qu'il comprit… Ce n'était qu'un gros paquet d'herbes visqueuses qui s'était accroché à sa cheville.

Pas la moindre trace de monstre. Il n'y avait que de l'herbe. Toujours allongé dans l'eau, il leva la tête vers nous qui le regardions étonnés.

-         Je vous préviens, je ne veux rien entendre ! nous dit-il en enlevant rageusement les herbes de son pied.

-         Je n'ai pas apporté de serviette dit sérieusement Florian, je suis désolé, je ne savais pas que tu voulais te baigner.

Pour ne pas vexer Alexandre je ne voulais pas rire, mais j'avais de plus en plus de mal à retenir mes gloussements. Il me lança un regard lourd de menaces. Son tee-shirt et son pantalon trempés, il se leva et regagna la rive, tenant maladroitement sa canne à pêche devant lui.

Le reste de l'après-midi fut plus calme et c'est les musettes pleines de truites que nous avons fini notre journée. Chacun se sépare, Johanna rentre à la boulangerie, Florian et Sarah à la salaison, Sébastien au bar de ses parents et Guillaume à la Chazotte.

 

En arrivant à la maison, Alexandre alla prendre un bon bain pour se débarrasser de la vase et de l'herbe encore collée sur son ventre suite à sa mésaventure dans la rivière. Moi, je pris les cannes pour aller les ranger dans le cabanon. Alors que je remettais le matériel en place, des bruits de conversation attirèrent mon attention.

Par curiosité je regardai discrètement par la petite fenêtre poussiéreuse de la cabane. Mon oncle discutait avec un homme dont je ne pouvais distinguer le visage. Il me paraissait grand, il était vêtu d'un pantalon et d'une veste kaki, comme ceux des militaires. J'essayai d'entendre ce qu'ils disaient, mais de là ou j'étais placé ce n'était pas très facile.

-         Alors Claude, on peut compter sur toi cette nuit encore ?

-         Bien sur, en espérant que ce sera la dernière fois car ce petit trafic me fatigue et ensuite je dors toute la journée.

-         Rassure-toi, on devrait tout finir cette fois.

-         Très bien, rendez-vous à quatre heures devant la ferme de Flotte, comme d'habitude.

L'homme mystérieux repartit au volant d'une vieille camionnette. Je restai un moment dans le cabanon, tétanisé. Voilà donc ce qui avait changé chez mon oncle. Il était devenu trafiquant !

Je rejoignais le reste de la famille pour le soupé en essayant de ne rien laisser paraître du trouble qui avait envahit mon esprit.

vendredi 12 septembre 2008, a 13:51
CHAPITRE V

-Escapade nocturne-

 

 

 

Je restai silencieux pendant toute la soirée. Ma tante s'en inquiéta, je la rassurai en lui expliquant que la journée de pêche m'avait bien fatigué. Je demandai à aller me coucher.

-         Moi aussi il faut que j'aille dormir de bonne heure. Dit mon oncle en allant jusqu'à sa chambre.

-         Tout le monde se couche ? il fait encore presque jour, regretta mon frère. C'est nul ! grogna t-il.

Il me suivit quand même dans la chambre, sans doute avait il peur de rester seul avec la tête du sanglier accrochée au mur du salon. Après avoir fermé la porte derrière nous, j'expliquai à mon frère ce que j'avais découvert.

-         Et alors, me dit-il, que veux-tu y faire ?

J'expliquai mes intentions à Alexandre.

-         Je connais bien tonton, s'il est devenu trafiquant, c'est sans doute que pour une raison ou une autre, il y est obligé. Cette nuit, nous allons l'espionner, lorsque nous en saurons plus, nous trouverons bien un moyen de l'aider.

-         Tu veux dire qu'on ne va pas dormir de la nuit ? s'inquiéta mon frère.

-         Mais si tu peu dormir, je te réveillerais vers trois heures. Nous sortirons avant tonton et nous irons nous poster vers la ferme de flotte, là ou ils ont rendez-vous.

-         Et ça ne vas pas être dangereux ? demanda t-il encore tout en serrant contre lui son ours en peluche.

-         Pas du tout, lui dis-je pour le rassurer, nous n'allons la bas que pour observer.

Ce soir là, nous avons eu beaucoup de mal à trouver le sommeil. Comme prévu, je me réveillai un peu avant trois heures. Je secouai mon frère qui pour le coup était encore plus bougon que d'habitude. Discrètement, nous avons quitté la maison pour monter avec nos vélos jusqu'à la ferme de Flotte pratiquement au Mont Gerbier de Jonc.

Nous nous arrêtons pour reprendre notre souffle. Alexandre avait gardé avec lui son petit ours. Il faisait la grimace pour que je sache qu'il n'appréciait pas vraiment notre petite escapade nocturne et mon plan d'espionnage.

-         Ecoute, lui dis-je, tu resteras en retrait, caché plus loin.

-         Tout seul ? s'inquiéta t-il.

-         Mais non, ton ours reste avec toi. Cette précision le rassura. Moi, je me cacherai dans le grand bac en fer que la DDE a posé sur le bord de la route, là où ils ont rendez-vous. Ce bac sert normalement à recevoir les poubelles, mais de là, je pourrai tout entendre. Je te retrouverais ensuite sous les sapins.

Contrarié mais se pliant aux ordres du plus grand, mon frère accepta mon plan. Quelques minutes avant quatre heures, nous étions en place.

Lorsque Claude apparut sous la clarté de la lune, mon cœur battait à tout rompre. Seul mes yeux et le haut de ma tête dépassaient de ma cachette. D'une main je retenais le lourd couvercle de fer. Très vite une camionnette s'arrêta à sa hauteur. La porte s'ouvrit et j'ai juste eu le temps d'entendre une voix dire à mon oncle.

-         Nous descendons à Ribalasse, Benjamin nous attend déjà là-bas.

Claude s'engouffra dans le véhicule qui disparut dans la nuit.

En voulant bouger, je glissai et laissai échapper le couvercle du local à poubelles. La porte claqua. J'essayai de la soulever mais elle ne s'ouvrait que de l'extérieur. Je me retrouvai dans le noir le plus total, le plus effrayant…

-         Alexandre ! hurlai-je, fais moi sortir d'ici.

Ma voix s'étrangla, je terminai ma phrase dans un hoquet de terreur. Je me mis à marteler le couvercle des deux poings sauvagement. En tâtonnant dans le noir, je cherchai un loquet ou un mécanisme pour pouvoir ouvrir. Je ne trouvai rien. Je me remis à taper sur le couvercle, je m'en faisais mal à la main.

Enfin, je me calmai. Je retins ma respiration quelques secondes pour calmer les battements fous de mon cœur. Je recommençai à me sentir un peu mieux lorsque j'entendis une sorte de grattement.

-         Alexandre, c'est toi ? demandai-je fébrilement.

Aucune réponse. Au comble de l'angoisse je mis mes deux mains devant mon visage. Les grattements étaient maintenant plus forts. Brusquement, le couvercle s'ouvrit. Je poussai un cri d'horreur.

Juste au dessus de moi, je vis l'ours en peluche de mon frère. Je bondis, furieux de la peur que venait de me faire Alexandre. Il était devant moi, le visage satisfait.

-         C'est pour le monstre de la rivière ! me dit-il visiblement heureux de sa vengeance que je trouvai mesquine.

-         Alors, tu en sais plus ? me demanda t-il.

-         Non, ça se passe à Ribalasse… Mais avec le temps que tu nous à fais perdre, c'est raté pour aujourd'hui. Rentrons, nous verrons demain.

Mon frère souffla pour marquer son mécontentement. Nous retournions vite nous coucher avant que Florence ne se réveille et s'aperçoive de notre disparition. Sur mon vélo, mes jambes tremblaient encore de la peur que j'avais eu enfermé dan le local sombre.

En arrivant, nous nous sommes couchés. Alexandre s'endormit aussitôt. Moi je ne parvenais pas à trouver le sommeil. J'étais décidé à être debout lorsque mon oncle rentrerait à la maison. Quelque chose d'indescriptible me poussait à vouloir en savoir plus.

vendredi 12 septembre 2008, a 13:50
CHAPITRE VI

-Les explications de Guillaume-

 

Après avoir longtemps cherché le sommeil, je me réveille finalement à neuf heures trente. Mon oncle était rentré depuis un bon moment déjà. J'arrivai dans la cuisine en même temps qu'Alexandre. Tante Florence était attablée toute seule devant un grand bol de thé. Lorsqu'elle nous entendit, elle se retourna et nous sourit.

-         Bonjour les enfants, vous avez bien dormi ?

J'avais très envie de lui parler de mes soupçons et de notre expédition nocturne, mais au lieu de cela, je demandai.

-         Où est tonton Claude ?

-         Il dort encore, en ce moment, c'est un peu difficile pour lui. Répondit ma tante.

Elle se leva et se dirigea vers le garde mangé. Elle nous apporta une grosse assiette de crêpes au chocolat. L'odeur m'enlevait tout envie de penser à autre chose.

Après ma toilette je pris la direction de la Chazotte. La ballade était un peu longue mais j'aimais longer le lac et discuter avec les pêcheurs qui y sont présents tous les mercredis, samedis et dimanches matin.

 

Je retrouvai Guillaume tout énervé devant chez-lui.

-         Salut Nicolas, je t'attendais. Me dit-il.

-         Que se passe t-il ?

-         J'ai résolu ton mystère du loup de Ribalasse et de ton oncle.

-         Vraiment !!! Raconte vite.

-         Et bien depuis quelques jours, ton oncle aide mon voisin Alain Chauvy à faire un enclos pour ses moutons à Ribalasse. Ils y travaillent surtout la nuit car le jour Alain à de multiples activités et il ne peut pas être partout !!!

-         Mais pourquoi parle t-il du loup ?

-         J'ai demandé aussi… Ca vient d'une ancienne légende. Autrefois les hommes sortaient leurs moutons lorsque les beaux jours arrivaient. Le loup qui connaissait les habitudes locales ne manquait jamais le rendez-vous. Il était présent et prêt à manger les moutons qui n'étaient pas enfermés dans des enclos. Le loup avait passé un hiver difficile sans grand-chose à se mettre sous la dent, aussi disait-il (comme nous l'avait expliqué Jean-Claude), « Mé què vei Ribalassos jetoùn tar ! » qui veut dire « Mais que ces gens de Ribalasse sortent leur bétail tard ! ». Tu vois, pas de mystère !!!

J'étais désolé d'avoir soupçonné mon oncle des pires choses, mais satisfait qu'il soit aussi droit et honnête que je l'imaginais…

-         Bon et bien pour fêter la fin de cette énigme, je te propose de passer prendre ton frère et de te montrer un point de vu formidable en haut du suc de Lestrat.

-         C'est quoi un suc ?

-         Un suc… c'est un sommet rocheux, aigu, volcanique ou non, mais chez nous, les sucs sont souvent d'origine volcanique. Ce sont des volcans de lave visqueuse sans coulée. Le mont de Lestrat est un dôme de phonolite vieux d'environ 8 millions d'années. D'en haut,  on a une vue superbe sur le Gerbier, le Mézenc et le village. Il y a au sommet une table d'orientation. Ca surplombe le lac et c'est formidable. Tu sais que le lac a été fait artificiellement dans un maar ?

-         Le lac de Saint Martial était une mare ?

-         Mais non !!! Un maar… C'est le résultat de l'effondrement d'un ancien cratère de volcan.

-         Ouaou… C'est vraiment intéressant !!!

-         En plus de la vue, continua Guillaume, je vais vous montrer quelque chose que je n'ai encore jamais montré à personne. Dit-il en prenant un air mystérieux…

Ce petit détail attisa ma curiosité et nous marchions avec plaisir en direction de la maison et de Lestrat.

vendredi 12 septembre 2008, a 13:45
CHAPITRE VII

 

-Une soirée particulière-

 

Pour se rendre en haut de Lestrat, il faut longer le lac et emprunter les marches faites de pierres et de bois. Ensuite, il ne faut pas se tromper car aller tout droit nous emmène au pied des chalets, au dessus du camping. Sous les douglas il faut tourner à droite et prendre le chemin qui serpente au milieu des pruneliers, des pins et des sapins. Au passage nous pouvions nous régaler de framboises, myrtilles et fraises des bois que l'on trouve de partout dans ces forêts.

Je gravissais les pentes en tenant la main de mon frère. Guillaume nous précédait. Une fois arrivé à la table d'orientation, nous sommes restés un moment silencieux, en partie pour reprendre notre souffle, mais surtout parce que le spectacle qui s'offrait à nous était encore plus magique que celui décrit par Guillaume.

-         Et bien plaisanta mon copain, ce n'est pas la croisette, mais ça vaut vraiment le coup d'œil.

Il nous demanda ensuite de le suivre jusqu'à une ruine qui était juste en contrebas. Il se dirigea vers une grosse pierre recouverte de mousse, la fit basculer et sorti un objet plié dans un chiffon blanc qui était soigneusement dissimulé sous le rocher. Il prit ensuite un air solennel et nous demanda de nous asseoir prés de lui. Guillaume déposa le chiffon à terre et l'ouvrit délicatement, découvrant une horrible petite poupée en bois. Elle faisait une quinzaine de centimètres de haut. Sculptée dans un bois sombre, elle reposait sur un socle large et épais. Je remarquais plusieurs articulations au niveau de ses jambes.

-         C'est mon grand-père qui me l'a donnée, nous dit-il. Il était un peu sorcier et cette poupée à des pouvoirs maléfiques. Il parlait à voix basse. Je l'ai cachée ici car une fois, j'ai voulu m'en servir et j'ai très vite compris qu'elle ne faisait que le mal !!!

Mon frère fixait la poupée, je pouvais lire un sentiment de peur dans ses yeux. Le récit de Guillaume me donnait un peu des frissons, mais je pensais qu'il s'agissait d'une plaisanterie. Je souris légèrement.

-         Ne rie pas ! s'écria Guillaume me faisant sursauter. Je m'en suis servi pour me venger d'un garçon de mon école en pensant que ce n'était que des histoires et que ça ne marcherait jamais. Depuis, plus jamais personne ne l'a revu. On ignore ce qu'il ait devenu… Je suis le seul à savoir !

Je me laissai prendre au jeu et j'étais maintenant moins sûre qu'il s'agisse d'une farce.

-         Comment ça marche ? demandai-je à Guillaume en parlant à voix basse comme lui.

-         C'est très simple, il suffit de tapoter la poupée, elle bouge et tu dis l'incantation magique en pensant très fort à ce que tu veux.

-         Elle bouge ? repris mon frère de plus en plus effrayé.

-         Oui, je vais vous montrer.

De sa main gauche, Guillaume effleura la poupée qu'il tenait fermement à sa droite. Grâce à ses articulations, elle se mit à exécuter une danse grotesque en pivotant et en se balançant. Elle s'animait comme si elle prenait vie.

-         Arrête ! hurla Alexandre, j'ai peur !

Guillaume tenta de le rassurer.

-         Ne t'inquiète pas, je n'ai pas récité l'incantation.

Encore très effrayé mon frère s'était collé à moi. Je cherchai une faille dans l'histoire de mon copain pour pouvoir démasquer la supercherie.

-         Pourquoi l'avoir cachée ici, demandai-je, c'est un peu loin de chez toi ?

-         C'est pour être protégé des mauvais esprits me répondit-il sérieusement. Cet endroit appartenait autrefois aux Pères Chartreux qui avaient fondé l'abbaye de Bonnefoi.

La réponse me parut tout à fait logique. Je lui demandai quel était la fameuse incantation magique. Il ménagea le suspens en disant :

-         Non, pas ici, nous ne sommes pas encore prêts. Nous verrons ça se soir. Dans notre seconde cabane sous les escaliers devant l'école. A minuit, je vous prouverai que tout ce que j'ai dit est vrai.

Pour le retour jusqu'à la maison, Alexandre ne traînait pas derrière comme à son habitude. Il était au contraire loin devant nous pour être le plus éloigné possible de la poupée que Guillaume avait glissé dans la poche de son jean.

 

Le soir venu, nous avons été retrouver Guillaume devant l'épicerie centrale en dessous de l'église. Direction notre cachette devant l'école. En entrant, on fit grincer la porte, ce qui me glaça le sang. J'avais souvent entendu la porte faire ce bruit, mais ce soir là, sachant ou redoutant ce qui allait se passer, j'étais particulièrement nerveux.

-         Tu as amené la poupée ? demandai-je à Guillaume.

-         Elle est là dit-il en la sortant de l'intérieur de sa veste.

Mon frère s'agrippait à mon bras. Il aurait sans doute préféré être dans son lit, mais il avait bien trop peur de rester seul et voulait accompagner « les grands ». Nous étions tous les trois assis par terre. Guillaume déposa très doucement la poupée devant nous. Alexandre et moi ne disions pas un mot. Nous observions chacun de ses gestes avec de gros yeux ronds. Nos cœurs battaient très forts. Pour ne pas que mon frère s'aperçoive que j'étais aussi terrorisé que lui, j'essayais de maîtriser ma peur et me risquai à lancer une plaisanterie.

-         Pour qu'elle danse, on devrait peut être lui mettre de la musique.

Ce n'était pas drôle et d'ailleurs personne ne tourna même un regard vers moi. Les instants de silence qui suivirent étaient de plus en plus pesants. Guillaume se décida enfin à parler.

-         Il est bientôt minuit. Nous allons pouvoir commencer.

Alexandre se serra encore plus fort contre moi.

-         Avez-vous pensé à un sortilège que vous aimeriez lancer ? nous demanda mon ami.

Nous lui répondions par la négative en bougeant nos têtes de gauche à droite, sans un mot.

-         Alors nous allons demander à la poupée vaudou de nous envoyer l'esprit des noyers du lac !

Je n'avais jamais entendu parler d'un tel esprit. Je ne savais même pas à quoi cela nous servirais de l'invoquer, mais ma salive ne voulant plus passer dans ma gorge, il m'était impossible de poser la moindre question.

Guillaume commença la séance. Il se saisit de la poupée et lui fit entamer sa danse macabre. Il lança l'incantation.

-         VENA QUI LEÏ MAGOU, ENVOI NOUS L'ESPRIT DES NOYERS DU LAC ! VENA QUI LEÏ MAGOU…

Il avait pris une voix d'outre tombe. Un long frisson me parcourut tout le corps. Puis ce fut de nouveau le silence. La poupée avait cessée de s'agiter. Nous attendions pour voir si quelque chose allait se passer.

Un frottement contre la porte de la cabane nous fit sursauter. Nos trois regards se tournèrent immédiatement dans cette direction. Le frottement repris, encore plus fort.

-         C'est lui, c'est l'esprit des noyers ! Hurla Guillaume.

J'étais tétanisé. Les yeux de mon frère commençaient à rougir et s'emplir de larmes. Maintenant les frottements avaient laissé place à de grands coups donnés contre la porte. J'aurais aimé tout arrêter, mais il était trop tard. Je n'avais plus aucune maîtrise sur les évènements.

Brusquement la porte s'ouvrit. Dans l'encadrement apparut une forme blanche qui s'agitait. La forme se mit à parler d'une voix caverneuse qui ne me semblait pas humaine.

-         QUI A OSE TROUBLER MON REPOS ?

Maintenant mon frère pleurait à chaude larmes, il criait, tremblait et se cachait derrière mon dos. Moi, j'aurais voulu m'évanouir pour ne pas voir la suite. J'étais également terrorisé. Jugeant sans doute qu'il avait obtenu le résultat qu'il attendait, Guillaume dit au fantôme.

-         C'est bon Sébastien, enlève ton drap je crois qu'ils ont eu assez peur.

Le garçon s'exécuta. Il ne s'agissait ni d'un revenant ni d'un esprit, mais de Sébastien, le fils du patron du tabac du lac. Alexandre se calmait. Des larmes coulaient encore le long de ses joues. Il avait eu tellement peur que cela lui avait déclenché un hoquet nerveux.

-         Vous êtes fous de faire des trucs pareil, leur dis-je, Alexandre à eu très peur.

-         Et toi, tu n'as pas eu peur ? demanda Guillaume en riant.

-         Un petit peu, mais comment avez-vous eu l'idée de faire ça ?

En fait, j'essayai de faire en sorte que l'on ne parle pas de moi. J'avais de la chance que le mauvais éclairage de la cabane dissimule mon visage qui devait être blanc comme un linge.

-         C'est une idée de Seb, comme il sait que tu écris tes souvenirs de vacances, il s'est dit que tu aurais des choses à raconter !!!

 

Et voici donc aujourd'hui les quelques lignes que donnent mes vacances à Saint-Martial.

mardi 04 septembre 2007, a 10:44
Saint Martial en Ardèche

Sauvage, douce, impétueuse, imprévisible. L'Ardèche est terre de métamorphoses et de saveurs profondes.

Torrents, volcans, sucs, hameaux crochetés aux montagnes, le grand souffle de la "Burle", puis... le silence !!!

 

Orchidées, jonquilles, feuilles de châtaignier, humus, sont autant de parfums, autant de caresses.

 

Notre pays est hanté de reliefs, de verdure, de lacs dont les voyageurs veulent découvrir chacun de leurs secrets.

 

Ce sont toutes ces émotions que Saint-Martial vous propose de découvrir dans un village calme, superbement aménagé et délicieusement à l'écoute de vos attentes.

 

Contactez-nous par email : Stmartialreserv@aol.com

Par téléphone : 04.75.29.12.16

Par fax : 04.75.29.15.78

Demandez par mail des informations et photos complémentaires sur nos hébergements.

mardi 04 septembre 2007, a 10:39
Hébergements

Saint-Martial est l’endroit idéal pour établir un camp de base et servir de point de départ à vos petites et grandes randonnées. Que vous soyez à pied, en vélo ou en voiture, la situation du village et de son lac vous laisse la possibilité de partir à la découverte des valeurs et des richesses de la montagne Ardèchoise !!!

En plus de son camping municipal, Saint-Martial propose des hébergements en chalets coquets qui peuvent accueillir jusqu’à 5 personnes. La « Maison Casino » au cœur du village offre des studios et des T1 de 2 à 4 couchages. Chaque hébergement est totalement aménagé pour y passer un séjour sans soucis.

mardi 04 septembre 2007, a 10:19
Le Camping

Le camping de Saint-Martial est ouvert de juin à septembre.

mardi 04 septembre 2007, a 10:13
Aménagements

En saison, le lac de Saint-Martial dispose d’une zone de baignade surveillée. Des jeux d’eau, des structures gonflables, des barques et pédalos font le bonheur des grands et des petits. Sous le snack, terrain de volley, mini golf et bowling sont ouverts.

Amateurs de truite, brochet, perche ou petits poissons blanc, la pêche est autorisée les mercredi, samedi et dimanche matin.

Toute l’année, en bordure de la plage du lac, un espace de tables, bancs, barbecues et jeux d’enfants est aménagé et mis à la disposition de chacun.

Terrain de Tennis, football, basket, handball, boules… 

mardi 04 septembre 2007, a 10:05
Le Village

Saint-Martial et ses hameaux disposent d’environ 280 habitants. L’été, la population « touristique » est nettement plus importante, mais n’affecte en rien la tranquillité et la douceur de vivre du village.

La commune s’étend jusqu’au Mont Gerbier-de-Jonc, mondialement connu car c’est là que la Loire prend sa source géographique dans une ferme traditionnelle en toit de lauze. (Pensez à faire le sentier des sources de la Loire).

Au cœur même du village, vous trouverez quelques commerces de proximité et vous serez agréablement surpris du bon accueil et de la qualité des produits.

-         Une poste.

-         Un bar tabac.

-         Une alimentation, presse.

-         Une boulangerie, pâtisserie (pizza à emporter).

-         Un restaurant.

-         Une salaison (charcuterie extraordinaire).

-         Un snack. 

mardi 04 septembre 2007, a 10:00
Les Projets

Conscient que le tourisme évolue, Saint-Martial se dote d’aménagements et de structures qui sont pensés pour apporter une encore plus grande qualité de vie à ses résidents.

Les chalets sont en cours de modernisation et de nombreuses surprises vous y attendront dés la saison 2008.

Une signalétique est mise en place autour du lac et sur différents sentiers pour mieux vous faire découvrir les richesses du site.

Des sentiers de promenades ludiques ou pédagogiques seront indiqués.

La « Maison de la Cure » sera bientôt ouverte. Ce petit trésor de calme et de volupté permettra des instants de détente dans son jacuzzi, son hammam et sa salle de repos, ou des moments tonics dans sa salle de fitness… C’est également là que se trouvera l’office du tourisme et l’accueil des chalets (et maison casino). Un point « Internet » y est prévu.

 

mardi 04 septembre 2007, a 09:53
Comment s'y rendre

De Valence prendre la direction "le Cheylard" puis, Saint-Martin de Valamas, Arcens, Saint-Martial.

D'Aubenas, prendre la direction Vals les Bains, Le mont Gerbier de Jonc puis descendre sur Saint-Martial.

 

A proximité :

Supermarchés au Cheylard

Essence à Arcens

Pharmacie à Saint-Martin de Valamas

Médecins à Saint-Martin de Valamas

Distributeur bancaire à Saint-Martin de Valamas (crédit agricole) 

 

Contactez nous pour des informations, photos ou réservations par email :

Stmartialreserv@aol.com

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